La plus ancienne chapelle du Morbihan encore debout se niche dans le prieuré Saint-Étienne, au cœur de la campagne entre Guer et Monteneuf. À l’intérieur, comme un secret bien gardé, se cachent des peintures murales du XVe siècle. Très fragile, l’édifice ne peut être laissé ouvert en permanence ; il se visite les après-midi en juillet et août ou en groupe sur demande.          
Vous pouvez toutefois venir admirer l’extérieur toute l’année et en savoir plus sur les particularités de la chapelle ou improviser une balade qui vous mènera le long des berges de l’Oyon. Grâce aux photos d’Hermine, même si les portes sont closes, vous pourrez profiter d’un aperçu de l’intérieur !

Animations

Du 9 juillet au 31 août, venez participer à des ateliers enluminures ou fresques et aux animations !
12 et 26 juillet et 9 et 16 août : veillées contées, Les chimères du prieuré
17 juillet et 14 août : Nuits d’étincelles, soirée contée avec illuminations
10 août : Grand jeu enquête

Infos pratiques

Extérieur et balade : toute l’année

Intérieur :
du 9 juillet au 31 août 2019 – du mardi au samedi
14h30 à 16h : ateliers (enluminures les mardis, jeudis et samedis et fresques les mercredis et vendredis)
16h à 17h : visite guidée
17h à 18h : visite libre

Visites guidées toute l’année sur demande pour les groupes et scolaires

Contact

Association les Landes
02.97.93.26.74
www.leslandes.bzh

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Chronologie rapide

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Remontons plus de 2 000 ans en arrière… Ce territoire est un carrefour de routes entre Carhaix, Angers, Rennes, le golfe du Morbihan et la côte nord de la Bretagne. Il est d’abord un lieu de passage où habite le peuple gaulois des coriosolites puis devient un site de vie gallo-romain.

Si vous aviez été là au tout début de l’existence du prieuré, à la fin du Xe siècle, vous n’auriez vu qu’une toute petite chapelle. Sa construction est ordonnée par un châtelain local. Les siècles défilant, la chapelle s’étend et le logis, à gauche, s’ajoute à l’édifice au XVe siècle. Au XVIIe siècle, le logis est agrandi et accueille des moines. Le lieu devient prieuré. Il appartiendra dans un premier temps à l’abbaye de Saint-Méen, puis à celle de Paimpont.           
1791, la Révolution française est là ! La chapelle est désacralisée et vendue comme bien national à un châtelain local. Il transforme l’ensemble en une ferme et utilise la chapelle pour du stockage, notamment de cidre. Grâce à cela, elle est fermée et sa toiture est entretenue.    La municipalité de Guer l’acquiert en 1996 puis la communauté de communes en devient propriétaire. Elle mène une première campagne de restauration extérieure, puis une deuxième en 2012 pour les peintures. Depuis lors, l’association des Landes s’occupe de l’animation et de la valorisation du site.        

  

  • Coriosolites : « les troupes qui veillent » ; leur territoire allait de la côte nord jusqu’à la rivière de l’Oust. La capitale était Corseul.

Des briques à Brocéliande ?

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Approchez-vous, et jetez un œil attentif aux pierres qui composent la chapelle… Vous apercevez des briques rouges un peu partout. Plutôt original en Bretagne, non ?      
Elles proviennent certainement d’anciens thermes romains situés non loin. Ceux-ci utilisaient un système de chauffage appelé hypocauste. Ainsi et comme souvent, les pierres inexploitées des environs étaient réemployées pour construire de nouveaux bâtiments.    

D’ailleurs, avez-vous remarqué ces curieux triangles en brique rouge sur la façade est de la chapelle ?
Ce n’est pas un pigeonnier, mais un élément décoratif. Une influence de l’époque mérovingienne elle-même venue du Bas-Empire romain est à envisager. Cela n’empêche pas chacun de faire sa propre interprétation. En voici une par exemple. Examinez attentivement le nombre de triangles…          
Le plus grand, tout en haut, pourrait être la représentation de Dieu, avec juste en dessous, quatre triangles comme les quatre évangiles. Plus bas, trois triangles au centre pourraient être la Sainte Trinité et les deux sur les bords seraient décoratifs pour garder une unité.              
La dernière ligne compte 13 triangles, dont un plus grand au milieu. Cela ne vous rappellerait pas la Cène, par hasard ? Ceci n’est bien sûr qu’une idée, à vous de trouver la vôtre !

  • Hypocauste : système de chauffage par le sol utilisé pour les bains et les thermes. Un foyer avec un feu entretenu procure de la chaleur qui se répand dans un sous-sol bas. Cette chaleur s’accumule dans les briques qui soutiennent le plafond et remonte pour chauffer la pièce des bains située au-dessus.
  • Cène : nom donné au dernier repas du Christ avec les douze apôtres, peu de temps avant la crucifixion.

Des pierres d’ici et d’ailleurs

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Continuons notre exploration minérale… Vous aurez sûrement remarqué des différences entre les pierres de construction ? La chapelle est principalement faite avec du schiste rouge et bleu qui sont les deux pierres locales. On peut aussi y voir des briques, ainsi que des pierres blanches ou roses, qui sont des importations de l’époque gallo-romaine.      
Face aux triangles, regardez les briques en bas du mur et suivez-les vers le nord en longeant la chapelle sur votre droite. Si vous vous arrêtez au premier contrefort, vous pouvez voir que le bas du mur est réalisé en petit appareil avec des pierres régulières et des briques. Si vous remontez, les pierres deviennent plus grossières et moins régulières.        
Il est fort possible que la chapelle ait été édifiée sur les restes d’un ancien bâtiment gallo-romain à pans de bois puis que les pierres alentour aient été utilisées pour l’élévation des murs. Si vous observez de plus près le contrefort, vous constaterez qu’il est seulement relié contre la partie basse, mais s’intègre totalement à la partie haute avec les pierres irrégulières. Cet indice montre que ce dernier a été ajouté après, au Xe siècle, lors de la construction de la chapelle.         

De l’autre côté de la chapelle, côté cour, les pieds-droits en gros blocs de granit blanc sont aussi un réemploi gallo-romain. Ces pierres ne sont pas du tout d’ici et ont surement été apportées pour un temple.

 

 

  • Contrefort : pilier ou construction servant de soutien à un mur.
  • Appareil : en architecture, ce mot désigne la façon dont sont assemblées les pierres.
  • Pieds-droits : partie verticale qui encadre une fenêtre. Aussi appelés « montants ».

Au fil des siècles et jeux de lumière

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La chapelle a été modifiée plusieurs fois avant de ressembler à l’édifice actuel. La chapelle d’origine (du Xe siècle) est composée de la partie droite, jusqu’à la fenêtre centrale. Puis un ajout daté du XIIe siècle jusqu’à la porte actuelle (on devine le contour de l’ancienne porte sous la fenêtre) et la partie gauche avec la porte au XVe siècle viennent le compléter.      
Les fenêtres ont été ajoutées au XVIIe siècle comme l’atteste la plaque gravée « 1631 » près de la fenêtre de droite. Les vitraux datent quant à eux de la restauration de 2012.         

Apercevez-vous cette petite fenêtre solitaire sur la façade ouest ? Vous la verrez mieux en vous décalant vers la gauche. Elle est placée très haut. Si vous regardez bien, elle n’est pas vraiment centrée. Étrange non ? L’association de sauvegarde de la chapelle a pu observer qu’aux équinoxes de printemps et d’automne, les rayons du soleil couchant passent par cette ouverture et viennent illuminer l’autel.   

 

  • Équinoxe : moment où le soleil change d’hémisphère et pendant lequel le jour et la nuit ont la même durée.

Un trésor caché pendant 200 ans

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Les peintures murales de la chapelle n’ont pas été découvertes telles quelles, loin de là ! Pendant presque 200 ans, elles furent masquées par un enduit et cachées aux yeux de tous. C’est dans les années 1970/80 qu’un homme pose une échelle contre un mur et… en fait tomber un morceau. Surprise : sous l’enduit se trouvent des peintures du XVe siècle !   
L’hypothèse privilégiée serait que lors de l’achat du prieuré en 1791, le propriétaire, probablement protestant, aurait recouvert soigneusement les peintures.

L’enduit de sable et de chaux maquillé de traits rouges simule un mur de pierres bien taillées et régulier. Cette parade trahit clairement le manque de moyens dont a souffert la chapelle. L’artifice permettait de cacher les murs faits de pierres trouvées ici et là et donner un bel aspect à l’intérieur de la chapelle.

Les peintures sont réalisées à l’ocre et au charbon, sûrement par des artistes itinérants qui travaillaient en échange du gîte et du couvert dans les établissements religieux.                  

  • Protestant : Le protestantisme applique le second commandement « Tu ne feras aucune idole ». Il est donc défavorable aux images et aux représentations de saints.

Au coeur de la fresque

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La peinture centrale se situe sur le mur avec les triangles de briques. Elle est séparée en deux par une bande qui alterne des carrés noirs et blancs. Au-dessus, le monde céleste avec en son centre la Sainte Trinité est entouré par le tétramorphe.

Sous la séparation, plusieurs personnages sont répartis autour du motif et placés dans une niche. Ce sont les proches de la vie de Jésus. Les femmes sont à gauche et les hommes à droite, à l’image de la division qui était appliquée auparavant dans les églises. Juste au-dessus de l’autel, une descente de croix est dessinée avec les outils de la Passion et trois personnages habillés en prélats du XVe siècle. Il s’agirait soit des donateurs, soit d’une représentation de l’Église, porte-parole du Christ.

 

  • Tétramorphe : représentations choisies pour les quatre évangélistes, soit le lion pour saint Marc, le taureau pour saint Luc, l’aigle pour saint Jean et l’homme pour saint Matthieu.
  • Prélat : haut dignitaire ecclésiastique.

Qui sont-ils ?

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Dans la niche, vous pouvez voir, à gauche, saint Antoine le Grand, reconnu comme « le père des moines ». Il était un saint populaire dans le pays de Montfort, situé non loin de là. L’une de ses reliques s’y trouvait depuis la fin du XVe siècle. À droite, vous reconnaîtrez saint Matthias, représenté avec sa hache sur l’épaule (sa tête fut tranchée à la hache). Il a été choisi par tirage au sort pour remplacer Judas. Il est l’un des premiers prêtres.            
Il y a donc ici le clergé séculier (qui vit au contact du monde) et le clergé régulier (les moines vivant en communauté) face à face.     

À gauche de la niche, c’est Joseph d’Arimathie qui est à l’honneur : le dernier témoin du prophète C’est lui qui détache le Christ de la croix, l’enveloppe dans un linceul et l’ensevelit dans son propre tombeau. La coupe serait le saint Graal vers lequel coule le sang du côté et des pieds du Christ. Puis apparaissent Marie-Madeleine (Magdalena) et deux saintes non identifiées qui ont suivi Jésus.

À droite est figuré saint Jean-Baptiste. Il est vêtu de haillons et tient un bâton et une petite croix dans les mains. Il s’agit du premier témoin de la vie du Christ. C’est lui qui baptisa le Christ dans le Jourdain.

Les autres personnages sont malheureusement trop effacés pour être reconnus.

Dans les pas des martyrs

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Sur les côtés de la chapelle se dressent des scènes de martyres. Le premier à gauche est celui de saint Maurice. Il est représenté en croisé, un soldat du Christ. Ce militaire romain vécut au IIIe siècle et refusa de persécuter les chrétiens.         
Non loin, un homme avec un casque pointu et une cagoule noire tire les cheveux d’une femme qui pourrait être sainte Apolline. Nous parlerons d’elle dans la partie « Retable, statues et voleur ».

De l’autre côté, au sud, nous apercevons un soldat romain avec les jambes écartées, face à une personne avec les genoux fléchis et les chevilles entravées. Il s’agit d’une autre scène de supplice.

Anecdote amusante : les personnages sont vêtus comme au XVe siècle alors que ces saints ont vécu au IIe siècle. Ce choix permettait de rendre les personnages plus compréhensibles et proches des fidèles qui venaient dans la chapelle.

Retable et statues

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Juste devant les peintures murales se tenait un retable en bois du XVIIe siècle, maintenant disposé à gauche de l’entrée. On peut y voir le blason de l’abbaye de Paimpont ainsi qu’en haut, le visage du Christ enfant et, en bas, le Christ adulte avec la couronne d’épines.

Deux niches accueillaient des statues : celles de saint Étienne et de sainte Apolline.           

Saint Étienne est considéré comme le 1er diacre et martyr. Sur cette statue du XVIIIe siècle, il tient l’évangile et la palme des martyrs à gauche. Le fait qu’il tienne l’évangile indique qu’il enseigne la parole divine, tout comme sainte Apolline.    

Datant du XIIIe siècle et anciennement polychrome, cette belle statue de sainte Apolline n’est pas l’originale du retable (tout comme celle de son compère). Elle est représentée comme une enseignante de la parole divine. Elle est d’ailleurs considérée comme la première diaconesse, pendant féminin du diacre.

Sainte Apolline est la sainte patronne des dentistes. Pourquoi ? Au IIIe siècle à Alexandrie, cette vierge consacrée d’un âge avancé refusa d’honorer les dieux de l’Empire romain. En châtiment, on lui arracha les dents pour se moquer de son âge puis on la mena au bucher. Elle s’y jeta d’elle-même après s’être excusée de ne pouvoir renier sa religion. Elle est souvent représentée avec une tenaille, ses dents et la palme des martyrs.

  • Retable : partie supérieure de l’autel qui s’élève à la verticale, souvent très ouvragé et décoré.
  • Diacre/diaconesse : personne qui aide l’église locale et les fidèles en effectuant des missions.
  • Polychrome : peint avec plusieurs couleurs

Le voleur et Sainte Apolline

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La statue de sainte Apolline a beaucoup fait parler d’elle fut un temps ! Avec ses pommettes hautes et ses yeux fins, comme tout droit venue des pays de l’Est, elle a attiré l’attention d’un voleur. Cependant, il n’est pas si facile de dérober une sainte ! Voici une petite chanson composée sur l’événement :

chanson [A FINIR]

 

Retournons maintenant à notre époque, et approchez-vous vers le logis, de l’autre côté de la cour.

 

    Une vie de moine paysan

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    Maintenant, imaginez le prieuré en activité… Ici, 5 à 6 moines paysans vivaient en autonomie et très modestement. Ils possédaient des animaux, des champs sur une trentaine d’hectares et s’occupaient des offices religieux.           
    Un prieuré est une propriété rurale donnée à une abbaye en échange de prières à l’intention du donateur. Ainsi, l’abbaye de Paimpont en détenait une douzaine. Ils produisaient tout ce dont l’abbaye avait besoin pour la communauté des frères et sœurs : nourriture, boisson ou encore animaux. Certaines abbayes avaient même des prieurés très éloignés, permettant par exemple d’avoir du vin avec un prieuré plus au sud.

    Juste derrière la chapelle se trouvait la bergerie dont il reste quelques pierres, puis un peu à gauche un four et un fournil. Tout à gauche, le petit bâtiment bas était une soue à cochons et le grand qui lui est accolé, le logis, servait de logement pour le prieur et les moines. Il faisait aussi office d’étable et de grenier pour les céréales et le foin.

    Approchez-vous de la façade du logis : vous pourrez lire sur le bloc de granit blanc en hauteur :

    « FAID PAR VENER
    ABLE DIXCRE FRERE
    GU PROVOST PRI
    EUR DE CEANS
    1633 »
    soit « Fait par vénérable et discret frère Guillaume Provost prieur de céans 1633 »

      Histoires rapportées : Des pièces pas si précieuses

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      Il y a de cela plusieurs années, un paysan défrichait une parcelle de lande près de la voie romaine non loin. Parmi les herbes hautes, une tache de couleur ocre attire son attention. Il s’avance, se penche un peu et trouve un vase en terre cuite avec des pièces d’argent à l’intérieur. Il s’exclame et se croit devenu riche ! Il casse alors le vase pour extraire les pièces collées entre elles à cause de l’oxydation. Ni une ni deux, il va vite montrer le trésor à un connaisseur. Embêté, celui-ci lui répond que ça ne vaut pas beaucoup, car les pièces ne sont pas totalement en argent. En effet, elles sont seulement recouvertes d’une très fine couche de métal précieux : ce n’est que de la . À l’inverse, le vase, lui, était de grande valeur et est malheureusement cassé. En colère, le paysan jette les pièces dans la cour et les enfants s’empressent de les ramasser pour jouer. C’est justement l’un de ces enfants qui a donné une pièce et raconté l’histoire à l’association qui s’occupe du prieuré.

      Balade nature : au bord de l’Oyon

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          Vous avez envie de vous dégourdir les jambes et de profiter d’un peu d’ombre et d’eau fraîche ? Une courte balade de 1,5 km vous emmène dans la forêt autour du prieuré et au bord de l’Oyon. (Attention, l’itinéraire n’est pas accessible aux poussettes ou aux personnes à mobilité réduite.) Sur le parking, prenez la route qui traverse le hameau. Après avoir dépassé toutes les maisons, tournez à droite dans le champ au panneau « Lavoir de Brecé ». Après quelques pas, sur votre droite, vous pourrez apercevoir cet ancien lavoir. Continuez votre chemin jusqu’à un poteau électrique petit bâtiment. Devant, un sentier part sur la droite (pancarte avec une flèche). Cette balade vous ramènera directement au parking (à condition de toujours prendre à droite).
          N’oubliez pas que la nature est belle et fragile, pensez à ramener avec vous vos déchets et à ne pas marcher hors des sentiers.